Histoire du département de la Haute-Marne

Les grandes étapes historiques

 

La Haute-Marne naît officiellement le 4 mars 1790, après le vote de l'Assemblée Constituante. Dès l'Antiquité, sont apparues les premières caractéristiques de la région, que l'on retrouve dans une certaine mesure aujourd'hui. Ce sera un carrefour, une zone de rencontre entre les confins de pays et le commencement d'autres.

L’Empire Romain

Avant la conquête romaine, les pays qui constituent aujourd'hui la Haute-Marne ne forment pas un territoire cohérent au peuplement homogène. Les Belges et les Celtes, deux peuples différents autant pour leurs coutumes que pour leurs caractères ethniques, se répartissent sur le territoire, les premiers au nord-est et les seconds partout ailleurs. La conquête romaine en 52 avant J.-C. renforce dans un premier temps le caractère de frontière de la région : le territoire lingon constitue une zone stratégique de premier plan pour la défense de l'Empire qui s'étend jusqu'au Rhin. Au sein même de l'Empire, les divers peuples de l'actuel département ne vivent pas dans la même province : les Rèmes du Nord sont intégrés à la Belgique tandis que les Lingons du Sud vivent en Celtique.

La Paix Romaine

Si la Paix Romaine a fait petit à petit perdre son importance stratégique à cette partie de l'Empire, le carrefour naturel que constituent les territoires haut-marnais va devenir le passage privilégié des invasions barbares. A partir du IIIème siècle, les Allamans, les Francs, les Vandales, les Alains, les Suèves, les Huns et les Burgondes pénètrent l'Empire par ces territoires et le pillent. Si beaucoup ne font que passer, certains s'installent. Les pays haut-marnais vont se retrouver à nouveau aux limites des conquêtes : les Francs au centre et au Nord de l'actuel département, les Burgondes au Sud. A cette époque, commence à apparaître le clivage entre deux Frances, celle du Sud, encore fortement romanisée, et celle du Nord, aux influences nettement germaniques.

Le traité de Verdun

La partition de l'Empire de Charlemagne au traité de Verdun et le développement du système féodal vont conforter cette situation des pays haut-marnais aux confins de grands domaines concurrents : Langres, évêché depuis le IVème siècle, sait tirer parti des oppositions entre Royaume de France et Bourgogne pour devenir principauté épiscopale. Le diocèse deviendra l'un des plus grands de France. Le reste des territoires subit les influences des pouvoirs régionaux de Champagne, de Lorraine et de Franche-Comté.

L'intégration du Comté de Champagne, qui comprend désormais Langres, au Royaume de France, au milieu du XIVème siècle, fait des territoires haut-marnais une zone de marches, aux frontières des Duchés de Lorraine, de Bourgogne et de Franche-Comté. Cette situation va durer plusieurs siècles, les pays haut-marnais se retrouvant dans la zone de contact des grandes dynasties européennes qui luttent pour construire les nations modernes, jusqu'à la création du département, en 1790.

Durant ces quatre siècles essentiels pour la région, le Royaume de France poursuit son renforcement en intégrant peu à peu les pouvoirs voisins et c'est ainsi qu' en 1477 le puissant Duché de Bourgogne est rattaché à la France. Cent plus tard, c'est la France-Comté qui est annexée (1678) avant, enfin, l'intégration de la Lorraine en 1766. Mais pour en arriver là, la région a dû subir tous les grands évènements, toutes les grandes catastrophes de l'Histoire : la Guerre de Cent Ans qui touche la région, notamment lors de l'affrontement entre Armagnacs et Bourguignons, la Grande Peste de 1348 qui décime la population, la résistance à l'expansion de Charles Quint où la Champagne constitue un véritable rempart, sans parler des Guerres de Religion qui débutent en Haute-Marne par un massacre de protestants par les troupes du Duc de Guise à Wassy, le 1er mars 1562.

Avec le rattachement de la Lorraine, les territoires haut-marnais connaissent une période de sérénité et de prospérité. Dès le XVIIIème siècle, l'essor des industries locales : forge, verrerie, faïence, bonneterie et coutellerie offrent à la région ses plus belles réussites qui se confirmeront lors de la Révolution Industrielle.

La Révolution Française

C'est alors que survient la Révolution française qui va donner naissance à la Haute-Marne. Le 4 mars 1790, l'Assemblée Constituante crée le "département méridional de la Champagne désigné sous le nom de la Haute-Marne". La naissance de cette nouvelle entité, destinée à donner plus de cohérence et d'efficacité à la gestion du pays rendue infernale et fantaisiste par les découpages aussi complexes que foisonnants de l'Ancien Régime, constitue un cas rare : le territoire ainsi créé ne correspond à rien de préexistant. Aucune destinée commune ne rassemblait les populations qui allaient devenir les Haut-Marnais et qui étaient constituées pour beaucoup de Champenois, de nombreux Bourguignons, de Lorrains et d'un peu de Francs-Comtois.

Pour ce nouveau département, il fallait un chef-lieu : après bien des discussions, on choisit Chaumont parce que la ville était la plus centrale et que, selon le principe bien connu, on pouvait s'y rendre en une journée de cheval de chaque point du département.

Mais pour autant le département ne perd pas son rôle de carrefour européen. La suite des évènements va même le conforter : la campagne de France, menée en 1814 par les souverains de Russie, d'Autriche et de Prusse contre Napoléon, fait du département le théâtre d'évènements essentiels, comme le traité de Chaumont, le 9 mars et la bataille de Saint-Dizier le 26 mars.

En 1870, après la perte de l'Alsace-Lorraine, l'occupation prussienne rend à la Haute-Marne son antique rang de frontière. Lors de la Première Guerre Mondiale, si le front ne touche pas le département, les combats ne sont pas loin : le Général Pershing, qui dirige le corps expéditionnaire américain, s'établit à Chaumont. Enfin, de 1940 à 1944, la ligne de démarcation entre les zones occupée et interdite longe le canal de la Marne à la Saône.

Depuis la fin de la deuxième Guerre Mondiale, la Haute-Marne n'est plus une zone frontière et les difficultés économiques et surtout démographiques ont remplacé les risques de destructions guerrières. Néanmoins, l'influence des métropoles régionales voisines écartèle aujourd'hui encore le département : Nancy, Dijon, Troyes et Reims y étendent chacune leur zone d'influence.